Ulysse 31 de Bernard DEYRIÈS, Tadao NAGAHAMA, Kyosuke MIKURIYA et Kazuo TERADA

Aller en bas

Ulysse 31 de Bernard DEYRIÈS, Tadao NAGAHAMA, Kyosuke MIKURIYA et Kazuo TERADA

Message  Kaspa le Ven 3 Oct - 13:09

Ulysse 31 est une série franco-nippone composée de 26 épisodes, de genre science-fiction / mythologie, sorti en 1981, avec de grands noms de l'animation comme Shingo ARAKI (à qui l'ont doit le design de Thémis et Noumaïos), Michi HIMENO et bien d'autres. Et le résultat est de qualité : doublage soigné, dessins et animation excellents, musiques magnifiques...
Nous connaissons tous cette série qui met aux prises un terrien Ulysse, seulement accompagné de deux enfants et d'un robot, avec des entités énigmatiques se nommant eux-même dieux dans une partie inconnue du vaste univers: l'Olympe.
La mythologie grecque, avec quelques modifications, forme la trame essentiel de tout le périple d'Ulysse 31. Le récit se repose sur la transformation d'éléments légendaires en éléments réels et se développe suivant trois axes: le plus important est évidemment constitué des épisodes les plus marquants de l'Odyssée (les rencontres avec le Cyclope, Eole, Calypso, les Lestrygons, les confrontations avec les Sirènes ou Circé); à côté d'eux, on trouve d'autres aventures directement inspirés des grands cycles héroïques: Ulysse est Oedipe lorsqu'il résout l'énigme du Sphinx (devenu pour la circonstance un personnage masculin), il est Jason quand rencontre les femmes de Lemnos, il est Thésée lorsqu'il abat le Minotaure ou qui prend place sur le fauteuil de l'oubli, et même Héraclès qui supplée un instant Atlas dans son rôle de support de l'univers.
En outre, des thèmes puisés dans d'autres mythes forts connus sont présents implicitement dans certains épisodes (Les Fleurs sauvages offre ainsi une variation de l'histoire d'Asclépios, le dieu guérisseur qui réussissait à ressusciter des morts, tendis que Circé reprends la problématique du savoir soulevée par Prométhée). Ainsi, Ulysse 31 nous convie à un véritable voyage à travers les récits mythologiques, ce qui confère à la série un véritable interêt pédagogique qui a été souvent mal interprété, certains reprochant aux auteurs de semer la confusion en reliant des histoires différentes.
Ulysse 31 est un mélange des genres qui participe à la fois du fantastique et de la science-fiction: le merveilleux inhérent aux histoires mythologiques avec leurs monstres et leurs dieux, est projeté dans un avenir éloigné qui offre un extraordinaire bagage technologique et scientifique. L'espace clos du monde (c'est-à-dire la Terre) où se déroulèrent les récits homériques, a laissé place à un univers ouvert, illimité, seul capable de proposer à un homme du futur un voyage dans l'inconnu.
Si la mythologie grecque constitue les fondations d'Ulysse 31, les auteurs ne se sont pas contentés de simples transpositions de ses histoires, mais ont procédé à une double adaptation. En premier lieu, ils ont imaginé un trente et unième siècle abritant une civilisation ultra moderne au sein de laquelle l'esprit rémanent de la Grèce antique se fond parfaitement: les noms des personnages sont grecs, le style grec est foisonnant, qu'il s'agisse des colonnes ornant certaines pièces de l'Odysseus (bien que ce vaisseau est d'une conception résolument futuriste et originale), ou dans la forme même de la réalisations technologiques comme la base de Troie, sans parler du monde caché de l'Olympe.
Ensuite, ils se sont livrés à de spectaculaires transformations d'êtres spécifiques à certains mythes les plus connus (et les plus appréciés), afin de les intégrer dans le cadre particulier qu'ils ont conçu. Si certaines créatures, vivantes dans les mythes originels, ont laissé place à de purs produits scientifiques, d'autres sont nés d'une fusion originale entre la science et le merveilleux.
Pour citer quelques exemples de ces évolutions: le Cyclope est une entité bio-mécanique, portée par de longs filaments blancs et surmonté d'un unique œil, capable aussi bien de tirer des rayons destructeurs que de donner de la lumière à ses adorateurs; l'hydre qu'affronte Ulysse dans La Planète Perdue, bien qu'engendré par la magie d'une sorcière, est faite de circuits et de métal; Cerbère est devenu un satellite tricéphale chargé d'interdire l'accès du royaume d'Hadès aux vivants; le fameux fil d'Ariane se mue en un collier garni de pastilles magnétiques; Charybde et Scylla sont désormais deux planètes jumelles qui enferment dans leur attraction conjuguée tout ceux qui ont eu l'imprudence de s'en approcher...
De plus, les histoires de la mythologie ont été considérablement enrichies par l'apport d'éléments issus de cultures diverses que l'on retrouve dans l'Olympe. Il est le lieu de rencontre de toutes les réalités, toutes les architectures y sont concomitantes, depuis les formidables vestiges de demeures grecques des dieux ou du palais égyptien du Sphinx, jusqu'aux plates-formes spatiales ultra modernes telles Lemnos, en passant par la forteresse moyenâgeuse du roi Minos ou la cité lacustre de Nérée, avec ses canaux et ses gondoles; sans oublier des édifices inhumains, les uns fruits d'une imagination débridée comme l'horloge de l'univers, les autres d'inspiration symbolique comme la bibliothèque intergalactique de Circé, ultime avatar de la tour de Babel défiant ouvertement les dieux. A cela s'ajoute profusion de costumes qui vont du péplum gréco-romain d'Egée à la combinaison d'Ulysse; les morphologies des individus extra terrestres qui jalonnent la route d'Ulysse foisonnent d'une richesse identique. Réalisées avec beaucoup d'attention, toutes ces références éclectiques qui s'interpénètrent et se côtoient dans une étonnante homogénéité, conférant à l'Olympe un ton étrangement bigarré.
En plus de cette nature composite, les auteurs ont pensé l'Olympe comme un univers parallèle très singulier, aux multiples dimensions, qui semble en partie s'affranchir des lois de la physique, recèle une énergie illimitée et renferme dans ses plis des monstres inimaginables (cf. La révolte des compagnons).
L'Olympe est un monde diachronique: homme du futur, Ulysse retrouve la Terre à deux reprises, mais ce n'est pas celle qui l'a quittée; dans La deuxième arche, il assiste à un déluge aux temps immémoriaux de la Pangée, avant même l'apparition de l'homme; une autre fois il est propulsé à Ithaque aux temps homériques afin d'aider son ancêtre homonyme à reconquérir son trône.
Le voyage d'Ulysse prend place dans cet espace insolite, aux mondes bizarres, qui cachent autant de pièges dirigés par les dieux immortels.
Nous allons voir qu'il est intéressant de construire un parallèle entre Ulysse et les dieux, car ce sont en fait des figures antinomiques.
De tout le travail effectué par les auteurs pour adapter l'essence des récits mythologiques, avec tout ce qui peut compter de rationnel et de certitudes scientifiques, la part allouée à Ulysse et surtout aux dieux est la plus remarquable. Si leur premier contact avec Ulysse et ses compagnons les présentent seulement comme des entités farouches, décidés à punir impitoyablement quiconque les défie, ils se révèlent par la suite bien plus complexes et nuancés.
De leurs origines on ne connaît que leur lien nominatif avec les divinités mythologiques, ils restent totalement énigmatiques et sont devenus autrement froids et inquiétants. Leurs rares apparitions statufiées et évanescentes, accompagnées de voix graves se propageant mystérieusement dans le vide, semblent émerger directement de l'espace, comme s'ils étaient immanents à l'Olympe.
De la personnalité des dieux grecs, ils n'ont conservés que le côté le plus sombre, ne connaissant ni la pitié ni le pardon. L'attrait du pouvoir, exprimé dans une vocation politique est chez eux sans commune mesure avec leurs origines antiques. L'Olympe est en fait une gigantesque théocratie, non seulement l'autorité émane des dieux mais ils l'exercent véritablement. Leur présence occulte est matérialisée partout dans l'Olympe par le signe sigillaire du trident; il n'est plus l'emblème du seul Poséidon, mais le symbole de la puissance inéluctable des dieux.
Ulysse 31 est bien différent du héros homérique, quoiqu'il partage incontestablement avec lui certains traits: ils sont tout deux emplis d'une insatiable curiosité qu'ils réfrènent difficilement (cf. Les Sirènes), affrontent les dangers avec une égale audace, ne laissant jamais les émotions l'emporter sur la raison. Mais surtout, ils montrent une grande aisance dans l'action, aliée à une exceptionelle intelligence, capables aussi bien de concevoir d'habiles tactiques que de les mettre en oeuvre avec peu de moyens.
Ulysse est sans doute le plus intéressant des personnages de la mythologie grecque, comme en témoigne la richesse des épithètes dont il est affublé. Il prend une telle dimension qu'il deviens en partie l'égale des dieux, ne l'appelle-t-on pas le divin Ulysse(cf. Iliade ) ? Mais c'est aussi un personnage retors, qui commet les pires exactions pourvues qu'il y trouve un intérêt..
La confrontation qui l'oppose aux dieux se déroule véritablement sur un plan mental et cristallise l'antagonisme entre l'inné - les pouvoirs intrinsèques des dieux, et l'acquis - le savoir extrinsèque d'Ulysse, fruit d'un long travail. Ulysse fait face à des dangers toujours différents et ne peut donc tirer aucune expérience des épreuves passées pour les affronter. De plus, la multiplication des situations sans aucun lien, masque le but véritable des dieux qu'Ulysse parvient cependant à pressentir: le perdre dans l'immensité de l'Olympe.
La thématique du savoir, récurrente dans la série, est au cœur de l'intrigue et révèle peu à peu la véritable dimension des dieux: ils sont les gardiens du cosmos (c'est-à-dire de l'univers ordonné) et ont pour mission primordiale de maintenir cette réalité, dont l'équilibre est si fragile (cf. Atlas). Si, malgré leur puissance irréductible, ils se soumettent aux décisions du destin, c'est parce qu'une action contraire conduirait inévitablement au chaos; ils se montrent d'âpres défenseurs de l'ordre universel et éliminent impitoyablement quiconque le met en péril (cf. Le magicien noir). Cette prééminence repose sur la connaissance absolue de l'univers dont ils veulent rester les seuls détenteurs (cf. Circé) et qu'ils gardent férocement (cf. Hératos ou Les Sirènes).
Cette série a l'avantage d'offrir plusieurs lectures, on peut se laisser transporter par le rythme et le suspense, réfléchir aux thèmes inhérents aux mythes qui proposent parfois des fins équivoques (le meilleur exemple est Le fauteuil de l'oubli). Le revers de la médaille est la promiscuité entre les aspects puérils du récit épique, entre autre les interventions de Nono, et la problématique complexe de certaines histoires. Entre outre, Ulysse est trop lisse, trop parfait, l'opposition entre sa vertu et le machiavélisme des dieux devient parfois lassante; il eut été amusant d'en faire un être plus torturé, plus proche encore de ses origines. Il est également dommage que le découpage soit toujours identique, des histoires se déroulant sur plusieurs épisodes, donc à l'issue imprévisible auraient accru encore l'intérêt de la série.
Mais l'intérêt majeur d'Ulysse 31 est la synthèse réussie entre le passé et l'avenir, le rationnel et l'irrationnel, comme une nouvelle preuve de l'extraordinaire "plasticité"* des mythes grecs, pouvant s'adapter à tout les environnements et porteurs de thèmes inaltérables, car intrinsèques à l'homme.

Sources : Je tiens à préciser que je ne me rappelle plus de certaines sources qui m'ont inspiré ce texte... si l'auteur de certaines citation se montre qu'il me le dise et je le citerai... d'avance merci.
avatar
Kaspa
Admin

Messages : 863
Date d'inscription : 28/09/2008
Age : 43
Localisation : Pride Lands

Voir le profil de l'utilisateur http://kimbaetsimba.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum